Asyndète et parataxe
Saison 1 - Episode 5
Non, l’asyndète n’est pas une insulte proférée par le capitaine Haddock un jour de grande forme, entre « bachi-bouzouk » et « moule à gaufres ». Pas davantage une spécialité grecque servie avec du tzatziki.
L’Académie française, toujours très sérieuse quand il s’agit de s’amuser avec les mots, définit l’asyndète comme « l’absence de mots de liaison entre deux phrases ou deux éléments d’une phrase ». Autrement dit : pas de "et", pas de "mais", pas de "donc" : on coupe, on tranche, on juxtapose. Les académiciens, qui aiment pourtant les phrases longues comme un discours de remise de décorations, reconnaissent que l’asyndète apporte concision et vivacité à l’expression. C’est sec, c’est nerveux, ça va droit au but. Pas de chichis, pas de liant, pas de sauce.
On en croise d’ailleurs tous les jours sans même s’en rendre compte : « Bon pied, bon œil », « Tel père, tel fils », « À la vie, à la mort », « Bon an, mal an ». Rien pour relier, rien pour expliquer, tout est compris. L’asyndète, c’est l’art de faire confiance à l’intelligence du lecteur : débrouille-toi, tu as les morceaux, fais le puzzle.
Et non, la parataxe n’est pas non plus une nouvelle taxe locale, ni un impôt déguisé sur les parapluies ou les paratonnerres. La parataxe, selon la plupart des auteurs – et selon tous ceux qui aiment aligner des phrases comme des dominos – serait une extension de l’asyndète. Le principe ? Juxtaposer des propositions ou des phrases, sans lien grammatical explicite, sans hiérarchie apparente, sans panneau « attention, subordonnée ». Les idées se suivent, se frôlent, s’éclairent mutuellement. Le lecteur, encore lui, fait le travail de raccordement. Un sport cérébral, en somme.
Saint-Simon, par exemple, s’en donne à cœur joie. Il empile les notations comme on empile des assiettes mal lavées : « Madame de Castries était un quart de femme, une espèce de biscuit manqué, extrêmement petite, mais bien prise, et aurait passé dans un médiocre anneau, ni gorge ni menton, fort laide, l’air toujours en peine et étonné… » On voit la scène, on voit la personne, on grimace un peu aussi. Pas besoin de phrases compliquées : l’accumulation fait le portrait, et le portrait n’est pas flatteur.
Jules Renard, lui, utilise la parataxe comme un pinceau impressionniste : « L’orage éclatait. La pluie tombait en rayons blancs. Les carreaux pleuraient comme des yeux. De petites gouttes jaillissaient par les fentes des croisées. Dehors le cheval courbait la tête. » Des phrases courtes, posées l’une après l’autre, comme des touches de couleur. Pas de connecteurs, pas d’explications : l’atmosphère naît toute seule.
Et vous et moi, modestes héritiers de ces grands stylistes, pratiquons la parataxe sans le savoir, souvent en chaussons : « Il pleut, je reste à la maison. » Traduction implicite : il pleut donc je reste à la maison, par conséquent je mets le café à chauffer, conclusion logique je regarde la pluie tomber en me félicitant d’avoir compris la parataxe sans jamais payer la moindre taxe.
François Boursin : « Du pain, du vin, du Boursin » qui a pris la suite de « Du pain, du Boursin, on est bien »
Au scrabble
Au scrabble, 4 manières (7 + 1) pour faire une ASYNDETE :
- SAYNETE + D = ASYNDETE
- SEYANTE + D = ASYNDETE
- DYNASTE + E = ASYNDETE
- EDENTAS + Y = ASYNDETE
PARATAXE : ne descend d'aucun 7 lettres. C'est une rallonge avant sur TAXE au même titre que ECOTAXE, SYNTAXE (rappel, les verbes qui taxent plus ou moins : DETAXER, RETAXER, SURTAXER)
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